Anny Duperey est l'une des actrices françaises les plus aimées du public — 43 films, le 7 d'Or pour Une famille formidable, et une carrière théâtrale exigeante. Elle est aussi écrivaine (prix Alice Barthou de l'Académie française) et photographe, avec un œil personnel et mélancolique sur le monde.
Anny Duperey est née le 28 juin 1947 à Rouen, de parents photographes. Cette enfance dans les bacs de développement photographique, dans l’odeur des révélateurs, dans la lumière des agrandisseurs, a formé son regard. Elle en sera toujours, à la fois, l’héritière et l’endeuillée — ses parents meurent accidentellement d’une intoxication au monoxyde de carbone quand elle a huit ans. Elle grandit dans le silence de ce traumatisme non dit, portant une lacune de mémoire qui ne se comble jamais entièrement.
Cette double appartenance — l’enfant de photographes, l’enfant sans mémoire de ses parents — est la clé de lecture de toute son œuvre. George Sand a écrit que « le souvenir est le seul paradis duquel on ne peut être expulsé » — Anny Duperey a construit son art sur ce que le souvenir ne peut pas restituer.
La comédienne : 43 films, 50 ans de scène
La carrière d’Anny Duperey au cinéma commence dans les années 1960. Elle tourne avec les plus grands réalisateurs de sa génération — Costa-Gavras (Stavisky, avec Jean-Paul Belmondo, 1974), Yves Robert (Un éléphant ça trompe énormément, 1976, puis Nous irons tous au paradis, 1977), Francis Veber (Les Compères, 1983). Sa filmographie compte plus de 43 films.
Elle a une présence singulière à l’écran : une fragilité de surface qui cache une solidité intérieure, une légèreté apparente qui masque une profondeur. Les réalisateurs la distribuent dans des rôles qui jouent sur cette ambivalence.
Au théâtre, elle est plus encore elle-même — exigeante, rigoureuse, capable de passer du vaudeville à Tchekhov, des pièces de boulevard aux créations contemporaines. Elle a joué dans des mises en scène importantes depuis les années 1970, poursuivant une carrière théâtrale en parallèle de sa notoriété télévisuelle.
Une famille formidable et la popularité du grand public
La série télévisée Une famille formidable (TF1, 1992-2014) lui apporte une popularité nationale différente du cinéma d’auteur. Elle incarne Cathy Beaumont pendant plus de vingt ans — personnage dont la constance et la chaleur ont touché des millions de téléspectateurs. Le 7 d’Or en 1993 récompense ce lien particulier avec le public.
Cette carrière populaire n’a pas effacé le reste. Elle a continué à faire du théâtre, à écrire, à photographier — à être multiple.

Le théâtre : une fidélité exigeante
Si le cinéma et la télévision ont assuré la notoriété d’Anny Duperey, le théâtre est sans doute le lieu où elle s’est le plus profondément construite. Sa carrière scénique, qui court depuis les années 1970, est d’une continuité remarquable — elle a joué Feydeau et Labiche pour l’éclat du vaudeville, mais aussi Tchekhov pour sa vérité intérieure, Sagan pour sa légèreté mélancolique, et des créations contemporaines qui demandent une présence totale que le plateau seul peut exiger.
Dans l’histoire des femmes dans les arts de la scène, la longévité scénique représente une forme d’engagement rare. Beaucoup d’actrices abandonnent progressivement la scène pour les cachets plus réguliers de la télévision. Anny Duperey a toujours refusé ce choix exclusif — le théâtre comme nécessité, pas comme sacrifice consenti.
Sa manière de travailler scéniquement est décrite par ses partenaires comme un mélange de préparation minutieuse et de disponibilité dans l’instant. Elle prépare longuement, s’imprègne dans les détails, mais reste ouverte à l’inattendu — qualité rare que les metteurs en scène cherchent sans toujours la trouver. Cette double aptitude, la rigueur du texte appris et l’ouverture du jeu en présence, est peut-être héritée de sa double pratique d’écrivaine — qui fixe, structure, décide — et de photographe — qui attend, qui capte ce qui se présente sans l’avoir arrangé d’avance.
De Tchekhov à Feydeau, de Labiche aux auteurs contemporains, chaque rôle théâtral s’inscrit dans une continuité de l’œuvre globale. Le plateau est l’espace où l’actrice, l’écrivaine et la photographe ne sont plus tout à fait dissociables — toutes les trois convoquées au service d’un personnage, d’un texte, d’un moment partagé avec un public présent.
L’écrivaine : le prix Alice Barthou et Le Voile noir
En 1974, L’Admiroir lui vaut le prix Alice Barthou de l’Académie française. Ce premier livre, récit poétique et personnel, révèle une voix littéraire authentique.
Mais son livre le plus important est Le Voile noir (1992). Anny Duperey y raconte comment, à la mort de ses parents en 1955, un voile de silence est tombé sur ce souvenir. Elle n’a plus de mémoire de leurs visages. En retrouvant les photos de son enfance — ses parents étaient photographes, il en reste des centaines —, elle tente de reconstituer ce qui lui a été soustrait. C’est un livre bouleversant sur le deuil, la mémoire, l’image photographique comme trace et comme manque.
Ce livre est aussi une réflexion sur ce que signifie hériter d’une pratique artistique de ses parents disparus. La photographie d’Anny Duperey n’est pas une reconversion — c’est une fidélité.
La photographe : l’œil qui hérite
Anny Duperey pratique la photographie depuis l’adolescence. Elle a publié des recueils, exposé, collaboré avec des éditeurs. Son regard photographique est reconnaissable : frontal, mélancolique, attentif aux visages et aux lieux qui portent une mémoire.
La photographie, chez elle, n’est pas un hobby d’actrice. C’est une pratique sérieuse, héritée, qui dialogue constamment avec son écriture et son jeu. Elle photographie ce que les mots ne peuvent pas dire. Elle écrit ce que les images ne montrent pas. Cette complémentarité fait d’elle une artiste complète, au sens précis du terme.
Ses expositions photographiques ont été présentées dans des galeries parisiennes et en province. Son recueil En toute intimité (1981) prolonge le geste du Voile noir par l’image : retrouver, dans la matière photographique, des traces de ce qui a disparu ou de ce qu’on n’a pas pu voir au moment de sa formation. Son regard ne cherche pas l’esthétique pour elle-même — il cherche la présence, la trace d’un être dans un lieu, l’empreinte de ce qui n’est plus là.
Ce que Vivian Maier a accompli dans les rues de Chicago — capter les inconnus, accumuler des milliers de négatifs jamais montrés —, Anny Duperey le fait dans l’espace intime : parmi les proches, les objets hérités, les fenêtres qui donnent sur des jardins ou des mémoires. Deux pratiques photographiques aux antipodes l’une de l’autre, unies par le même désir fondamental : que la lumière fixe ce que le temps efface.
Repères biographiques
| Année | Événement |
|---|---|
| 1947 | Naissance à Rouen, de parents photographes |
| 1955 | Décès accidentel de ses parents (intoxication au monoxyde de carbone) |
| 1974 | Stavisky d’Alain Resnais ; prix Alice Barthou pour L’Admiroir |
| 1976 | Un éléphant ça trompe énormément d’Yves Robert |
| 1981 | Recueil photographique En toute intimité |
| 1992 | Publication du Voile noir ; début d’Une famille formidable |
| 1993 | 7 d’Or pour Une famille formidable |
L’engagement humain : contre la solitude des aînés
Dans les dernières années, Anny Duperey s’est engagée publiquement contre la solitude des personnes âgées. Elle a cofondé une association, participé à des campagnes de sensibilisation, témoigné devant des commissions parlementaires. Cet engagement n’est pas une posture médiatique — il vient d’une expérience personnelle, de l’observation de proches isolés.
Cette dimension humaniste est cohérente avec le reste de son parcours — une femme qui a fait de l’empathie une pratique artistique et sociale.
Au festival Femmes artistes du Château d’Ars, elle a participé à des soirées mêlant texte et musique avec le Trio George Sand. Cette collaboration entre une comédienne-écrivaine et des musiciennes de chambre exemplifie la façon dont les femmes artistes ont, depuis les salons du XIXe siècle jusqu’aux scènes contemporaines, toujours su créer ensemble plutôt que seules.
Anny Duperey est de ces artistes dont l’œuvre ne se laisse pas résumer à un titre, un rôle, un livre. Elle a été l’actrice de Costa-Gavras et celle du vaudeville populaire, l’écrivaine du deuil et la photographe de l’intime, la militante et la comédienne de plateau. Cette multiplicité n’est pas une dispersion : c’est la forme que prend, chez elle, une fidélité à une vocation qui a toujours refusé d’être simple, uniforme, facilement classable. C’est peut-être ce qui la rend difficile à saisir pleinement — et irremplaçable.
Questions fréquentes
Anny Duperey a tourné dans des films marquants comme Stavisky (Alain Resnais, 1974), Les Suspects (Michel Abramowicz, 1974), L'Alpagueur (Philippe Labro, 1976), Un éléphant ça trompe énormément (Yves Robert, 1976), Les Compères (Francis Veber, 1983). Elle a également été le personnage central de la série télévisée Une famille formidable (1992-2014) pour lequel elle a reçu le 7 d'Or en 1993.
Oui. Anny Duperey est l'auteure de plusieurs ouvrages personnels, dont Le Voile noir (1992, récit sur sa mémoire perdue de ses parents disparus quand elle avait 8 ans), L'Admiroir (1974) qui lui valut le prix Alice Barthou de l'Académie française, et des textes photographiques. Elle a aussi coécrit des livres avec Bernard Le Coq.
Oui. Anny Duperey pratique la photographie depuis l'adolescence. Elle a publié des recueils photographiques et exposé son travail. Son regard photographique est introspectif et mélancolique — elle photographie des lieux chargés de mémoire, des visages, des instants suspendus. Ce fil photographique traverse toute sa vie de femme et d'artiste.